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Déroulement d'une séance
Durée : 2 heures


1. Accueil. 15 mn.

2. Récit sous forme de conte à propos de la naissance de l'écriture. 30 mn.

3. Atelier de dessin. 30 mn.

4. Discussion autour de chacun des dessins réalisés par les participants. 30 mn.

5. Départ et au revoir. 15 mn.

La lettre
Depuis plusieurs années mon thème en peinture et en sculpture est la lettre. Je devrais dire les vingt-six lettres de l'alphabet. Ma première approche a été d'appréhender la lettre par le biais de sa forme, pour sa beauté plastique.
Avec le temps, j'en suis venu à vouloir aller plus loin, chercher l'origine des lettres, revenir aux signes primitifs, entreprendre un voyage à l'envers jusqu'à la source, une seconde avant la naissance de la lettre, du temps où elle n'était qu'un cri, pour enfin entendre les prémices d'un mot qui par la suite engendra un signe dessiné avec la même main qui des milliards de fois avait répété le geste.

L'esprit
Pour faire le lien avec mon travail personnel, et l'idée de proposer ces ateliers, il me faut vous dire que la première fois où l'on m'a parlé d'alphabétisation et d'illettrisme, remonte à 1999. La Fondation pour l'alphabétisation, au Québec, ayant eu vent de mon intérêt plastique pour les lettres, m'avait invité à présenter une exposition afin de partager ma passion avec le personnel de la Fondation et par la suite avec des personnes en processus d'apprentissage de la lecture et de l'écriture. L'année d'après, ce fut au tour de l'Agence national de la lutte contre l'illettrisme, en France, d'organiser une exposition au siège social de Lyon. C'est à cette occasion que j'ai rencontré Jean-Philippe Rivière, docteur en linguistique et chercheur au CNRS. Devenu collaborateur, il porte depuis un regard scientifique sur mon travail en se gardant bien de préserver l'approche intuitive qui guide ma peinture.


Atelier pédagogique, Journées de la culture, Montréal, 2003

Atelier pédagogique, Journées de la culture, Montréal, 2003

Atelier pédagogique, Journées de la culture, Montréal, 2003

Photos : Fondation pour l'alphabétisation

L'expérience
Dans cet atelier, le beau et le laid n'existe pas, pas plus que le bon et le mauvais. Cette expérience est une action en amont de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Le lieu d'expérimentation est important, il s'agit d'un atelier d'artiste (lieu mythique) par opposition à une salle de classe (lieu de douleur). Et pour rompre avec tous symboles associés à l'échec, il n'y a pas d'instrument d'intimidation à mettre dans la main, genre crayons, plumes ou pinceaux, il n'y a aucune extension technologique entre la feuille de papier et la main. Un bout de graphite de deux centimètres de longueur est placé (caché) entre le pouce l'index et le majeur, la main devient ainsi l'outil. Le support est le papier Kraft afin d'éviter le drame de la page blanche. Le sujet est une lettre de l'alphabet. Chaque personne sur terre connaît au moins une lettre de l'alphabet, romain arabe, cyrillique ou autres. Chaque participant est invité à choisir une lettre, la lettre qui lui parle le mieux, sous l'angle de la forme, du son qu'elle émet à la prononciation, ou simplement l'initial d'un nom précieux. En toute liberté, le signe choisi est dessiné en minuscule ou en majuscule, là où la main se dépose. La feuille est assez grande pour recevoir le geste sans restriction du bras déployé. Le choix de la lettre est une décision personnelle, une première affirmation importante pour la suite des choses. De là, la main devenue instrument va dans un mouvement ininterrompu, tracer en aller-retour la forme de la lettre. Sans interruption et sans que la main ne se détache de la feuille, sous l'action du passage du graphite, la lettre va grossir, sortir de son lit, se contorsionner et de plus en plus noircir le papier. Sous l'effet de la fatigue, l'esprit va s'égarer et lentement la main va se déconnecter du cérébral. C'est la technique de la main libérée.

La fin de l'expérience - les cinq dernières minutes - se fait dans l'obscurité. A force de répétition, la main qui connaît son chemin trouve un nouveau souffle, accélère le rythme dans une sorte d'écriture automatique pour enfin produire un barbouillage proche de l'abstraction. Platon disait : " Notre connaissance dépend d'une réminiscence ". Il n'est pas impossible que cette gestuelle éveille une mémoire enfouie, du temps où l'homme primitif s'exprimait par des gestes qui sont devenus des signes et avec le temps, ces signes ont pris la forme de pictogrammes, les ancêtres de nos alphabets.
Chaque dessin ainsi obtenu est épinglé au mur par le centre du papier de sorte qu'il puisse pivoter sur lui-même. Et du chaos vont sortir des merveilles. Par la suite les participants sont invités à se regrouper et dire spontanément à haute voix ce que le dessin suggère au fur et à mesure qu'il tourne dans un sens ou dans l'autre. A chaque fois qu'une idée surgit, le dessin s'arrête afin que tous voient et apprécient l'objet qui semble sortir du chaos. C'est un objet, un animal, un personnage, un paysage ou encore la suggestion d'une émotion. Il arrive qu'il apparaisse un élément dessiné avec tellement de finesse qu'il approche de la perfection. Proportion, perspective, ombre et lumière, tout y est. L'artiste qui a réalisé cette oeuvre a du mal à y croire et un sentiment de fierté s'installe en lui ou en elle. L'auteur en oublie que tout s'est passé à son insu et l'assurance remplace le doute. Il en va de même pour chaque dessin et l'ambiance de l'atelier passe de la suspicion à la détente, à la joie de créer, au goût d'aller plus loin. Le chemin de l'apprentissage est ouvert.

MARC LINCOURT



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